Commençons par le mot qui ouvre chaque page de cette locale. « Actrice porno » (et son masculin « acteur porno ») est le terme occupationnel : celui qu’un lecteur tape dans un moteur de recherche, celui qui décrit une profession plutôt qu’un jugement, et celui que ce site place en titre, en intitulé de première section et en première phrase de chaque article. Ce n’est pas le mot le plus soigné du registre professionnel — c’est le mot que la requête impose, et une page qui prétendrait ne pas le connaître ne serait simplement pas trouvée.
« Hardeuse » et « hardeur » sont un tout autre registre : celui de la profession elle-même, et de la presse qui la couvre sérieusement. Le mot est un néologisme construit sur l’anglais « hard » — au sens où le secteur oppose le hard, le cinéma explicite, au soft, le cinéma suggestif — et sur le suffixe agentif français -eur/-euse, celui qui forme « danseur/danseuse » ou « chanteur/chanteuse ». Le Wiktionnaire et le Larousse confirment l’un et l’autre cette construction ; aucun des deux ne date précisément sa première apparition, et cette page ne l’invente pas non plus. Ce qui est documenté, en revanche, c’est son usage revendiqué par les intéressés eux-mêmes : HPG a intitulé son autobiographie de 2002, publiée chez Hachette, Autobiographie d’un hardeur — un choix de titre qui vaut mieux qu’une définition de dictionnaire pour montrer que le mot appartient à la profession et non à ceux qui la commentent de l’extérieur.
Pourquoi, alors, ne pas ouvrir chaque page sur « hardeuse » plutôt que sur « actrice porno », puisque c’est le mot le plus juste professionnellement ? Parce que le registre juste et le registre cherché ne coïncident pas toujours, et qu’une page biographique sert d’abord le lecteur qui la cherche. « Actrice porno » porte la requête ; « hardeuse » porte la légitimité du reste du texte. Ce site emploie donc le premier en tête de page — titre, intitulé principal, méta-description, première phrase — et fait basculer vers le second dès la deuxième mention dans le corps de l’article, exactement comme cette page vient de le faire dans son propre paragraphe d’ouverture.
Reste « le X », qui n’est ni un terme occupationnel ni un mot de métier au sens de « hardeuse » : c’est le nom que porte l’industrie elle-même en français, employé comme un nom commun — « travailler dans le X », « les années X », « le cinéma X ». Son origine n’est pas linguistique mais juridique : la loi de finances votée fin décembre 1975 crée en France une catégorie fiscale de films dits pornographiques ou d’incitation à la violence, soumis à une taxation spécifique, exclus de tout soutien public et cantonnés à des salles dédiées elles-mêmes surtaxées. Le classement s’écrivait « X ». L’effet économique voulu par le législateur était dissuasif ; l’effet linguistique ne l’était pas : la lettre du formulaire fiscal est passée dans le langage courant, puis dans celui de la profession elle-même, au point que le secteur s’est mis à s’appeler ainsi. Aucune autre industrie couverte par ce programme, dans aucune langue, n’a hérité son nom professionnel d’un texte budgétaire.
Un mot a changé de sens en cours de route et mérite d’être signalé pour éviter une confusion fréquente : le classement « -18 », qui interdit un film aux mineurs sans le verser au régime fiscal du X, est un dispositif distinct, créé en 2001. Un film peut être interdit aux mineurs sans être « classé X » au sens fiscal du terme, et les deux catégories sont trop souvent confondues dans la presse généraliste.